Voilà pour commencer :
Construction
Un camp d'étape de quatre légions (16 à 20 000 hommes : par exemple Faux-Vésigneul dans la Marne) a une forme rectangulaire, de 655 sur 610 mètres de coté environ (soit une superficie de 40 hectares). Un camp d'hivernage ou permanent serait 2 fois plus grand.
Choix du site
Pour des raisons tactiques, le lieu est de préférence choisi en hauteur. Mais les critères essentiels sont :
* l'accès sûr et facile (car le camp est établi en fin de journée, donc les troupes sont fatiguées) ;
* la présence d'un point d'eau ;
* des prairies suffisantes pour le fourrage des chevaux et des bêtes de somme utilisées ;
* un terrain le plus uni possible, avec assez de pente pour le drainage : ni bois, ni rochers, ni ravines.
Plan
Plan du camp romain : 1-Prætorium, 2-Via prætoria, 3-Via principalia, 4- Porta principalia (dextra, droite), 5-Porta decumana, 6-Porta principalia (senestra, gauche), 7-Porta prætoria
Le plan est toujours le même, ce qui permet une construction très rapide. Le tribun et les centurions chargés de l'établissement du camp arpentent le terrain et fixent l'emplacement du prætorium (la tente du général), carré de 60 mètres de côté. Le drapeau blanc planté à cet endroit sert de repère autour duquel s'organise tout le camp : voies, tentes, forum, et enceinte. Derrière l'enceinte, un dégagement de près de soixante mètres est laissé libre afin de permettre des mouvements des unités, et mettre les premières rangées de tentes à l'abri des jets adverses.
Deux voies principales, la via principalis et le decumanus, se coupent à angle droit devant le prætorium. Si le nombre de légions que le camp abrite est plus élevé, une via quintana parallèle à la via principalis est aussi tracée.
Les troupes d'élites campent de part et d'autre du prætorium, formées de fantassins et de cavaliers.
Les valetudinaria sont des zones médicales incorporées au camp à partir de la professionnalisation des armées d'Auguste au moins, et sont les versions militaires des aesculapia.
Déroulement de la construction
Les soldats ne commencent à aménager le camp que lorsque le plan est entièrement matérialisé au sol par des fanions de couleur. Le fossé est creusé de façon à ce qu'un talus soit formé (agger). Il est stabilisé par des mottes de gazon. L’infanterie lourde creuse (3000 hommes), pendant que les troupes légères et la cavalerie montent la garde entre l'ennemi et le camp. Ces gardes débroussaillent également le glacis, de façon à empêcher une approche masquée de l’ennemi. Les branchages sont utilisés pour en faire des cervis, des pieux d’arrêt disposés sur le glacis, le fossé ou le talus. Seul le train de bagages entre alors que le fossé n'est pas creusé ; puis au fur et à mesure, l'infanterie lourde entre, suivie de la cavalerie lorsque la palissade (vallum) coté ennemi est posée. Ceci est le discours classique. Un scénario plus proche de l'archéologie et des textes voudrait que chaque soir, les troupes répètent la manoeuvre d'urgence. La colonne (agmen) se divise en deux colonnes qui s'écartent en forme de rectangle (agmen quadrata). Le convoi des mules entre dans le rectangle et l'arrière-garde prend position en ligne sur le dernier côté. Une fois immobilisées et les alignements rectifiés, les troupes passent au travail de retranchement, pendant que les muletiers installent les tentes. Cela se comprend à deux indices : les côtés des camps sont en général droits, mais leurs angles sont toujours approximatifs. Leur périmètre, et souvent chaque côté, est un multiple de 94m, qui doit être une longueur de manipule.
L'enceinte
Même pour une seule nuit, celle-ci est toujours construite, malgré les efforts considérables qu'elle demande. Un fossé de coupe triangulaire est creusé tout autour, profond de 2,25 m et large de 4,5 m. La terre est rejetée vers l'intérieur du camp de façon à former un talus (agger) de coupe trapézoïdale (5,25 m de large à la base, 2,75 m en haut, pour une hauteur de 1,25 m). Ce talus, dont le sommet formant un chemin de ronde est assez large pour laisser passer plusieurs hommes de front, est surmonté d'une palissade, formée de pieux portés par les légionnaires. Ces pieux sont hauts d’environ 1,7 m, et pointus aux deux bouts (pour faciliter l’enfoncement et pour améliorer l’aspect défensif). Enfoncés de trente cm, ils rehaussent encore l’escarpe d'1,4 m (soit un total de près de 4 m).
Les portes sont de simples ouvertures dans ce fossé, au nombre de quatre. En avant de cette ouverture, un fossé et un talus obstruent le passage, de façon à ménager une chicane qui ralentit des assaillants éventuels. Ces chicanes peuvent avoir différentes formes (clavicula), la plus courante était le tutulus.
Schéma de Tutulus : les bandes vertes représentent l'agger
les bandes marron la fossa
Défense du camp
Le plan à périmètre réduit permet de n’occuper qu’une faible partie de la légion à la garde : pour un périmètre de 1000 m, avec un garde tous les 10 à 15 m, seuls 70 à 100 hommes sont tenus éveillés (plus les postes aux entrées et les rondes) soit moins d’un trentième de la troupe. La légion qui repart le lendemain est donc fraîche et dispose, ayant bénéficié d’un sommeil tranquille.



