Les camps de marche de l'armée romaine

Articles généraux sur les romains, éléments d'histoire et de civilisation.

Les camps de marche de l'armée romaine

Messagede Quintus Iunius Taurus » Dim 22 Mar 2009 11:02 pm

Je suis à la recherche de toutes informations sur la question pour notre projet de reconstruction.
Voilà pour commencer :
Construction

Un camp d'étape de quatre légions (16 à 20 000 hommes : par exemple Faux-Vésigneul dans la Marne) a une forme rectangulaire, de 655 sur 610 mètres de coté environ (soit une superficie de 40 hectares). Un camp d'hivernage ou permanent serait 2 fois plus grand.

Choix du site

Pour des raisons tactiques, le lieu est de préférence choisi en hauteur. Mais les critères essentiels sont :

* l'accès sûr et facile (car le camp est établi en fin de journée, donc les troupes sont fatiguées) ;
* la présence d'un point d'eau ;
* des prairies suffisantes pour le fourrage des chevaux et des bêtes de somme utilisées ;
* un terrain le plus uni possible, avec assez de pente pour le drainage : ni bois, ni rochers, ni ravines.

Plan
Image
Plan du camp romain : 1-Prætorium, 2-Via prætoria, 3-Via principalia, 4- Porta principalia (dextra, droite), 5-Porta decumana, 6-Porta principalia (senestra, gauche), 7-Porta prætoria

Le plan est toujours le même, ce qui permet une construction très rapide. Le tribun et les centurions chargés de l'établissement du camp arpentent le terrain et fixent l'emplacement du prætorium (la tente du général), carré de 60 mètres de côté. Le drapeau blanc planté à cet endroit sert de repère autour duquel s'organise tout le camp : voies, tentes, forum, et enceinte. Derrière l'enceinte, un dégagement de près de soixante mètres est laissé libre afin de permettre des mouvements des unités, et mettre les premières rangées de tentes à l'abri des jets adverses.

Deux voies principales, la via principalis et le decumanus, se coupent à angle droit devant le prætorium. Si le nombre de légions que le camp abrite est plus élevé, une via quintana parallèle à la via principalis est aussi tracée.

Les troupes d'élites campent de part et d'autre du prætorium, formées de fantassins et de cavaliers.

Les valetudinaria sont des zones médicales incorporées au camp à partir de la professionnalisation des armées d'Auguste au moins, et sont les versions militaires des aesculapia.

Déroulement de la construction

Les soldats ne commencent à aménager le camp que lorsque le plan est entièrement matérialisé au sol par des fanions de couleur. Le fossé est creusé de façon à ce qu'un talus soit formé (agger). Il est stabilisé par des mottes de gazon. L’infanterie lourde creuse (3000 hommes), pendant que les troupes légères et la cavalerie montent la garde entre l'ennemi et le camp. Ces gardes débroussaillent également le glacis, de façon à empêcher une approche masquée de l’ennemi. Les branchages sont utilisés pour en faire des cervis, des pieux d’arrêt disposés sur le glacis, le fossé ou le talus. Seul le train de bagages entre alors que le fossé n'est pas creusé ; puis au fur et à mesure, l'infanterie lourde entre, suivie de la cavalerie lorsque la palissade (vallum) coté ennemi est posée. Ceci est le discours classique. Un scénario plus proche de l'archéologie et des textes voudrait que chaque soir, les troupes répètent la manoeuvre d'urgence. La colonne (agmen) se divise en deux colonnes qui s'écartent en forme de rectangle (agmen quadrata). Le convoi des mules entre dans le rectangle et l'arrière-garde prend position en ligne sur le dernier côté. Une fois immobilisées et les alignements rectifiés, les troupes passent au travail de retranchement, pendant que les muletiers installent les tentes. Cela se comprend à deux indices : les côtés des camps sont en général droits, mais leurs angles sont toujours approximatifs. Leur périmètre, et souvent chaque côté, est un multiple de 94m, qui doit être une longueur de manipule.

L'enceinte

Même pour une seule nuit, celle-ci est toujours construite, malgré les efforts considérables qu'elle demande. Un fossé de coupe triangulaire est creusé tout autour, profond de 2,25 m et large de 4,5 m. La terre est rejetée vers l'intérieur du camp de façon à former un talus (agger) de coupe trapézoïdale (5,25 m de large à la base, 2,75 m en haut, pour une hauteur de 1,25 m). Ce talus, dont le sommet formant un chemin de ronde est assez large pour laisser passer plusieurs hommes de front, est surmonté d'une palissade, formée de pieux portés par les légionnaires. Ces pieux sont hauts d’environ 1,7 m, et pointus aux deux bouts (pour faciliter l’enfoncement et pour améliorer l’aspect défensif). Enfoncés de trente cm, ils rehaussent encore l’escarpe d'1,4 m (soit un total de près de 4 m).

Les portes sont de simples ouvertures dans ce fossé, au nombre de quatre. En avant de cette ouverture, un fossé et un talus obstruent le passage, de façon à ménager une chicane qui ralentit des assaillants éventuels. Ces chicanes peuvent avoir différentes formes (clavicula), la plus courante était le tutulus.
Image
Schéma de Tutulus : les bandes vertes représentent l'agger
les bandes marron la fossa

Défense du camp

Le plan à périmètre réduit permet de n’occuper qu’une faible partie de la légion à la garde : pour un périmètre de 1000 m, avec un garde tous les 10 à 15 m, seuls 70 à 100 hommes sont tenus éveillés (plus les postes aux entrées et les rondes) soit moins d’un trentième de la troupe. La légion qui repart le lendemain est donc fraîche et dispose, ayant bénéficié d’un sommeil tranquille.
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

Re: Les camps de marche de l'armée romaine

Messagede Quintus Iunius Taurus » Lun 23 Mar 2009 11:24 pm

Photos de camps romains (vestiges) :
En Angleterre :
Image
A Massada (Israël) :
Image
Cawthorn Roman Camps (Angleterre) :
Image
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

Re: Les camps de marche de l'armée romaine

Messagede Marcellus » Mer 25 Mar 2009 1:12 am

Belle doc que tu nous as dénichée là ! :idea:
Avec ça, tu pourrais faire un trés bon arpenteur de l'armée romaine dans les camps ! [smilie=pdt_aliboronz_08.gif]
Car n'oubliez pas que c'est aussi notre tribun Taurus qui a désigné à chaque fois, et de son geste toujours trés assuré, les limites du carré des gladiateurs à Nasium 2008 ! [smilie=pdt_aliboronz_08.gif] :clap:
Avatar de l’utilisateur
Marcellus
Légionnaire
 
Messages: 844
Inscription: Ven 15 Sep 2006 10:55 pm
Localisation: Sud-Meusien

Re: Les camps de marche de l'armée romaine

Messagede Quintus Iunius Taurus » Mer 25 Mar 2009 11:08 am

:D C'est vrai. Qu'est ce qu'il ne faut pas faire pour la CDL ! :P
Par contre, je suis assez ennuyé avec cette histoire de camp romain. Parce qu'il faudra en implanter un sur notre terrain, puisque cela fait partie de notre projet de développement local. Mais si vous regardez bien la doc ci dessus, concernant les fossés :
Un fossé de coupe triangulaire est creusé tout autour, profond de 2,25 m et large de 4,5 m. La terre est rejetée vers l'intérieur du camp de façon à former un talus (agger) de coupe trapézoïdale (5,25 m de large à la base, 2,75 m en haut, pour une hauteur de 1,25 m). Ce talus, dont le sommet formant un chemin de ronde est assez large pour laisser passer plusieurs hommes de front, est surmonté d'une palissade, formée de pieux portés par les légionnaires. Ces pieux sont hauts d’environ 1,7 m, et pointus aux deux bouts (pour faciliter l’enfoncement et pour améliorer l’aspect défensif). Enfoncés de trente cm, ils rehaussent encore l’escarpe d'1,4 m (soit un total de près de 4 m).

Je me vois mal creuser des fossés de 2,5 m de profond en plein sur le site et sur le terrain, dont il est dit que nos implantations devront être "réversibles"...
Du coup, je recherche de la doc très très précise sur ces camps de marche, car il me paraît douteux qu'à chaque fois on se livre à ce genre d'exercice.
Autre raison, aussi, pour chercher une solution "plausible" et plus légère : c'est vous, les légionnaires, qui creuserez une partie des défenses à la main devant le public ! :rofl:
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

La taille des camps de marche de l'armée romaine

Messagede Quintus Iunius Taurus » Sam 11 Avr 2009 9:48 pm

Ca y est : j'ai trouvé une somme sur la question.
"Les camps romains en Angleterre" de la commission royale des monuments historiques d'Angleterre.
Beaucoup de surprises intéressantes dans ce bouquin.
D'abord, sur la taille des camps. Je parle ici de CAMPS DE MARCHE, pas de forts permanents.

La moitié des camps de marche répertoriés en Angleterre sont très petits : 57 (sur 97) font moins de 2 hectares, et parmi eux, 17 font moins de 0,5 ha !
Du coup, pour nous, un camp de 40mX40m est non seulement plausible mais attesté : les camps de Swine Hill, Walwick Fell et Sunny Rigg (Northumberland) font plus ou moins cette taille.
A Sunny Rigg, un des 3 camps découverts est un carré de seulement 22 m de côté. Les restes du rempart font 40 cm de haut et le fossé 20 cm de profondeur. Il a deux entrées sur des côtés qui se suivent, toute deux précédées d'une levée de terre pour barrer le passage.
Autre exemple, à Limestone Corner, dans la même région, un petit camp d'environ 40 m de côté a été découvert. A cet endroit, les restes du rempart font 60 cm de haut, et le fossé, à peine 10 cm. 3 entrées pour ce camp, précédées d'une traverse externe, comme les autres. Une tranchée de fouille a révélé que le fossé, à l'origine, ne faisait que 60 cm de profondeur.
Ce ne sont pas les plus petits. A Haltwhistle Burn, on a découvert un petit camp de 19X16 m !

En réalité, ces très petits camps représentent 10 % environ des découvertes en Angleterre !
C'est loin d'être négligeable, et encore moins rare qu'on ne l'imaginait !

Juste pour vous mettre la pression : Chew Green, un petit camp, comme le nôtre, était défendu par 3 remparts et 3 fossés !

A vos pelles et vos pioches les gars ! :geek:
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

Végèce : de l'art militaire, livre 1, 21 à 25

Messagede Quintus Iunius Taurus » Sam 11 Avr 2009 10:14 pm

Le texte de Végèce qui nous renseigne sur la construction des camps.
Voici le tableau de mesure qui vous permettra de convertir les longueurs données :
Image
Utilisez le Pes Monetalis pour les mesures, plutôt que le Pes Drusianus qui est plus "provincial". Si on est romain, on utilise le pied romain, le Pes Monetalis !

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME.

UTILITÉ DE LA FORTIFICATION DES CAMPS.


Le conscrit connaîtra encore la fortification des camps. C'est une étude très précieuse et de première nécessité à la guerre, car un camp régulièrement construit est comme une forteresse mobile qui suit partout le soldat, et dans l'intérieur de laquelle il demeure, nuit et jour, sans crainte, lors même que l'ennemi l'investirait. Mais ce qui concerne cet art s'est tout à fait perdu ; depuis longtemps déjà personne ne s'avise, en fait de campements, de creuser des tranchées, ni de planter des pieux. Aussi a-t-on vu souvent plusieurs armées mises en déroute par un essaim de cavaliers barbares fondant sur elles à l'improviste, le jour on la nuit. Les inconvénients qui résultent de l'absence d'un camp ne se bornent pas là. En bataille rangée, si des revers forcent à battre en retraite, ceux qui n'ont pas de retranchements pour les recevoir périssent sans représailles, à l'instar de la brute ; leur massacre ne cesse que quand l'ennemi veut bien renoncer à les poursuivre.

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME.

ASSIETTE D'UN CAMP.

Un camp, surtout lorsque l'ennemi est proche, doit toujours être assis dans un lieu sûr où l'on puisse avoir sous la main en abondance l'eau, le fourrage et le bois. Dans le cas d'un long séjour, il faut envisager la salubrité de l'endroit. On évitera le voisinage des hauteurs qui, plus tard occupées par l'ennemi, pourraient nuire. On examinera si la plaine n'est point sujette à des inondations qui compromettraient l'armée. La quantité de soldats et de bagages servira de base à la dimension du camp : ainsi, une multitude considérable ne sera point entamée dans un étroit espace, ni une poignée d'hommes obligée de s'étendre sur une surface disproportionnée.

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME.

TRACÉ D'UN CAMP.


Un camp aura une forme tantôt carrée, tantôt triangulaire, tantôt en demi-cercle, suivant les circonstances ou la nature des lieux. La porte, dite prétorienne, doit être tournée du côté de l'Orient ou vis-à-vis des positions de l'ennemi ; si l'on est en marche, elle sera placée en face du point de départ de l'armée ; c'est là que les premières centuries des cohortes dressent leurs pavillons et plantent les drapeaux et les enseignes. La portez, dite décumane, est située derrière le prétoire ; elle sert de passage aux soldats délinquants condamnés à subir une peine.

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME.

MODES DE FORTIFICATION D'UN CAMP.


On connaît trois manières différentes de fortifier un camp. S'il n'y a pas de danger à craindre, on coupe sur toute la circonférence des mottes de terre gazonnées, dont on forme une espèce de mur, haut de trois pieds (Note : env 90 cm : 88,71 cm exactement) au-dessus du sol, en ayant soin que le fossé, d'où l'on extrait les gazons, soit à l'extérieur en avant ; puis on ouvre une tranchée passagère de neufs pieds de large sur sept d'élévation (Note : env 2,70 m : 266,13 cm exactement de large, sur env. 2,10 m d'élévation soit 206,99 cm exactement ) . Mais quand l'ennemi se montre menaçant, il est à propos de garnir l'enceinte du camp d'un fossé régulier, qui ait en largeur douze pieds (Note : env 3,6 m soit 354,84 cm exactement) et neuf au-dessous de la surface du terrain (Note : env 2,7 m soit 266,13 cm exactement) . On rejette la terre de l'excavation sur des lits de fascines croisées ; ce qui donne quatre pieds de plus en hauteur (Note : env 120 cm soit 118,28 cm exactement) : de la sorte la profondeur est de treize pieds(Note : env 3,9 m soit 384,41 cm exactement), la largeur de douze (Note : env 3,6 m soit 354,84 cm exactement). Au-dessus de toute la circonférence, on plante des pieux d'un bois très fort que le soldat porte habituellement sur lui. Pour ce travail il importe d'avoir toujours sous la main hoyaux, bêches, paniers et autres objets nécessaires.

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME.

RETRANCHEMENT D'UN CAMP DEVANT L'ENNEMI.

C'est chose facile que de retrancher un camp en l'absence de l'ennemi. Mais s'il accourt avec des démonstrations hostiles, la cavalerie entière et la moitié de l'infanterie doivent se ranger en bataille pour repousser l'attaque, tandis que le reste de l'armée, en arrière, creusera des tranchées 'et élèvera des fortifications. Le héraut d'armes indique la tâche de la première centurie, celle de la seconde, de la troisième, jusqu'à l'achèvement complet des travaux. Ensuite les centurions visitent la tranchée et la mesurent ; ceux qu'ils reconnaissent coupables de négligence sont punis. Il est bon d'apprendre ces détails au conscrit, afin qu'il puisse, au besoin, construire des retranchements avec sang-froid, promptitude et précaution.
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

Végèce, de l'art militaire livre III, 8

Messagede Quintus Iunius Taurus » Sam 11 Avr 2009 10:45 pm

Bon, pour nous dans le message précédent, le chapitre 24 est le plus important.

Maintenant, voici d'autres précisions dans la manière d'établir les camps, dans le livre 3, chap. 8.
Je vous mets en gras les passages importants. Les "pieux" dont il est question un moment, ce sont les fameux valli, vous savez, les pieux que nous utilisons habituellement pour faire nos chevaux de frise.

CHAPITRE VIII.

Comment on établit un camp.

Après avoir parlé des précautions qu'une armée doit observer en marche, l'ordre demande que nous parlions de celles qu'exige un campement. On ne trouve pas toujours une ville murée, soit pour le logement d'une nuit, soit pour un plus long séjour : il serait donc imprudent, dangereux même, de faire camper une armée pêle-mêle, sans défense, puisqu'on l'exposerait à être surprise et battue dans l'obscurité de la nuit, dans les heures du repos, du sommeil, du fourrage, de la pâture ou de ses autres occupations.

Il ne vous suffit pas de choisir un camp avantageux par lui-même, s'il s'en trouvait quelqu'un dans le voisinage, d'où l'ennemi pût vous incommoder dans le vôtre. Il faut camper, en été, à portée d'une eau saine ; en hiver, à portée des bois et des fourrages ; en tout temps, sur un terrain qui ne soit ni commandé, ni sujet à l'inondation ni embarrassé par des défilés ou par des précipices ; dans un terrain, en un mot, où vous puissiez rester en sûreté, et vous retirer de même. Ces précautions une fois prises avec soin, on fera son camp rond ou carré, triangulaire ou rectangle, selon que le terrain le permettra ; car la forme des camps n'en détermine pas la bonté : mais si vous avez la liberté du choix, campez sur un terrain dont la longueur ait un tiers de plus que la largeur. Cette proportion est plus agréable à l'œil que toute autre. C'est aux officiers chargés de tracer le camp, à le ménager de sorte qu'il contienne commodément la troupe qui doit l'occuper : il est dangereux qu'elle y soit trop à l'étroit ou trop au large.

Il y a trois manières de fortifier un camp qu'on ne veut occuper qu'une nuit ; par exemple, en route, il suffit alors d'élever un retranchement de gazon sur lequel on pique des pieux : ces gazons se lèvent avec des pioches, et doivent avoir un pied de haut, en sorte que la racine des herbes y tienne : on leur donne alors, à peu près, la forme d'une brique ; mais si la terre n'a pas la consistance nécessaire pour être levée en gazon, on se contente de creuser à la hâte un fossé de cinq pieds de large, sur trois et demi de profondeur. La terre relevée du côté du camp, le met hors d'insulte pour une nuit ; mais comme cela ne suffit pas dans le voisinage de l'ennemi, en ce cas les officiers chargés de marquer le camp, distribuent à chaque centurie un certain terrain à retrancher : alors les soldats, après avoir rassemblé autour des enseignes leurs boucliers et leurs bagages, ouvrent, sans quitter l'épée, un fossé de neuf, onze ou treize pieds ; quelquefois même de dix-sept, si l'on prévoit un plus grand danger et un effort à soutenir, mais toujours en nombre impair. Derrière ce fossé, et de la même terre qu'on en a tirée, se forme le rempart, qu'on soutient par des palissades et des branches entrelacées, pour empêcher l'écroulement : c'est sur ce rempart qu'on ménage des créneaux et autres défenses dont on fortifie ordinairement les murs d'une place. Les centurions règlent la tâche de chaque travailleur, afin que tous fouillent également et sur les mêmes proportions : ceux des tribuns qui sont attachés à leur devoir, ne perdent pas de vue cet ouvrage jusqu'à ce qu'il soit fait. Toute la cavalerie et la partie de l'infanterie qui par ses grades, est dispensée du travail, sont en bataille à la tête de l'ouvrage, afin de couvrir les travailleurs en cas d'attaque.

Dès que le camp est retranché, on commence par y piquer les enseignes, afin de les mettre en sûreté, comme tout ce qu'il y a de plus respectable pour le soldat : sitôt après, on dresse la tente du général et de ses principaux officiers ; ensuite celle des tribuns, auxquels des soldats commandés de chaque chambrée, portent l'eau, le bois, le fourrage ; puis on marque un certain espace pour les tentes de chaque légion et pour celles des troupes auxiliaires, tant cavalerie qu'infanterie, selon leur rang. On commande quatre cavaliers et quatre fantassins par centurie pour la garde du camp pendant la nuit ; et comme il est presque impossible que le même homme reste en vedette ou en sentinelle toute la nuit, on la partage, à la clepsydre, en quatre parties, depuis six heures du soir jusqu'à six heures du matin, de sorte que chaque veille ne soit que de trois heures : on pose les gardes au son de la trompette ; et on les relève au son du cornet. Autrefois le tribun chargeait des soldats de confiance de faire la ronde des gardes, et de lui en rendre compte : cet emploi est actuellement attaché à un certain grade de notre milice. Il est bon, outre cela, d'avancer à la tête du camp une garde de cavalerie pour les patrouilles de la nuit.
À l'égard des corvées qui roulent totalement sur les cavaliers, il faut qui les uns marchent le matin, les autres l'après-midi afin de ménager les hommes et les chevaux, soit en campagne, soit en garnison. Un général doit avoir attention que la pâture ; le fourrage, le blé, l'eau le bois, en un mot, tout ce qui s'appelle subsistances, soit hors des insultes des ennemis ; ce qui ne peut se faire qu'en disposant la route de vos convois aux environs de villes et de châteaux forts, où vous les puissiez retirer en cas d'attaque : si vous n'êtes pas à portée d'un lieu déjà fortifié, il faut construire à la hâte, dans les positions les plus avantageuses, de petits forts défendus par de larges fossés. C'est du terme castra qu'on a composé le diminutif castella. On y poste une garde d'infanterie et de cavalerie, qui assure le passage des convois ; car un ennemi ose rarement approcher de ces petits forts, dans la crainte d'être enveloppé.
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM

Re: Végèce, de l'art militaire livre III, 8

Messagede Marcellus » Dim 12 Avr 2009 12:35 pm

Quintus Iunius Taurus a écrit:Les centurions règlent la tâche de chaque travailleur, afin que tous fouillent également et sur les mêmes proportions : ceux des tribuns qui sont attachés à leur devoir, ne perdent pas de vue cet ouvrage jusqu'à ce qu'il soit fait. Toute la cavalerie et la partie de l'infanterie qui par ses grades, est dispensée du travail, sont en bataille à la tête de l'ouvrage, afin de couvrir les travailleurs en cas d'attaque.


Et c'est toujours les mêmes qui ne font rien ! :^)
Et c'est un vrai travail de romain d'époque, ça !!! [smilie=pdt_aliboronz_06.gif]
Chef, les pelles de l'an 2009 s'appellent bien des pelleteuses ! N'est-ce pas Francis ? ;) :D
Avatar de l’utilisateur
Marcellus
Légionnaire
 
Messages: 844
Inscription: Ven 15 Sep 2006 10:55 pm
Localisation: Sud-Meusien

Re: Les camps de marche de l'armée romaine

Messagede Quintus Iunius Taurus » Lun 13 Avr 2009 7:36 pm

:P
Il y aura toujours des planqués et aussi, le moyen d'utiliser des outils un peu modernes.
Par contre, j'ai fait quelques découvertes intéressantes dans la somme réalisée par la "Royal Commission on the historical monuments of England" (RCHM-England)
Je vais en faire la synthèse pour l'association et vous envoyer ça par mail bientôt.

En réalité, c'est extrêmement important pour nous d'établir nos plans de construction sur des données fiables, parce que notre projet nous engagera sur plusieurs années, et si, dès le départ, on se trompe de direction, ce sera dur de revenir en arrière sans tout détruire.
Aussi, je suis allé directement à la source :
- Les textes antiques.
- Les données archéologiques.
Je ne prendrai l'avis de personne qui ne me mette un texte ou une preuve archéo indiscutable sous les yeux. Pas d'avis personnel, pas de répétition de ce qu'on a vu ou entendu ailleurs : à la source nous boirons !
Et s'il y a un peu de bière, ne le dite pas au centurion ! :x
Avatar de l’utilisateur
Quintus Iunius Taurus
Administrateur - Site Admin
 
Messages: 902
Inscription: Jeu 14 Sep 2006 10:15 am
Localisation: NASIVM


Retourner vers Les Romains

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron